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    Sénégal- OIF - Éducation-Privatisation

    Marchandisation de l'éducation dans les pays francophones: Regards croisés et remèdes

    APA-Dakar (Sénégal)

    Des officiels sénégalais, des acteurs de la société civile et de syndicats de pays francophones, ont proposé lundi à Dakar, des remèdes contre la marchandisation et la commercialisation de l'éducation dans l'espace francophone, un phénomène qu'ils jugent ‘’inquiétant’’ et ‘’grandissant’’.

    "La privatisation et la commercialisation de l'éducation sont un fléau grandissant qui n'épargne aucun pays’’, a reconnu le secrétaire général du ministère sénégalais de l'éducation nationale, Ousmane Sow, estimant à cet effet qu’il ‘’devient urgent d'y apporter des réponses pertinentes qui doivent passer par la synergie des efforts de tous les pays francophones".

    Il ouvrait la deuxième rencontre francophone sur la marchandisation et la privatisation de l'éducation, à l'initiative d'une coalition d'organisations de la société civile, issues des pays membres de l'Organisation internationale de la francophonie (Oif).

    Le Sénégal, avec l'accompagnement de tous les partenaires, a-t-il poursuivi, mettra en place des initiatives pour prendre en charge cette ‘’délicate’’ question de la marchandisation de l'éducation.

    Faisant part de sa préoccupation quant à la marchandisation de l'éducation dans l'espace francophone, Sonia Chebbi du réseau francophone des centres d'entraînement et d'éducation, signale que rien qu'en Haïti, 86% des écoles sont privées et qu’au Maroc les écoles privées ont été multipliées par trois en 15 ans.

    ‘’Cette tendance risque de dégrader nos systèmes éducatifs’’, alerte-t-elle, invitant à la solidarité les pays francophones pour ‘’garder l'école comme un véritable bien public".

    Sonia Chebbi est d’avis que les acteurs syndicaux et de la société civile constituent une force capable de contrer le fléau de la marchandisation et de la commercialisation de l'éducation.

    La conseillère aux politiques éducatives de la Conférence des ministres de l'Éducation des Etats et gouvernements de la Francophonie (Confemen), Fatimata Ba Diallo, estime que s’il en est ainsi, c’est parce que l'éducation publique obligatoire, équitable, inclusive et de qualité est un droit.

    "Certes,  l'école privée est un soutien aux États dans leurs politiques d'élargissement et de diversification de l'offre éducative, mais elle ne doit pas se substituer à l'éducation publique’’, soutient Fatimata Ba Diallo.

    ‘’Cette situation doit obliger les États à ne pas se soustraire à leur souveraineté de réguler le secteur éducatif", assure-t-elle.

    Luc Allaire du Comité syndical francophone pour l'éducation et la formation (Csfef), affirme pour sa part que la marchandisation de l'éducation est soutenue par des entreprises multinationales, rappelant que ces dix dernières années, il a été constaté une augmentation exponentielle des écoles privées.

    ‘’En 2016, ces écoles privées représentaient 25% du système éducatif et accueillaient 60 à 80% des élèves dans des pays francophones dont la Côte d'Ivoire et le Bénin’’, avance-t-il en guise d’illustration.

    L'avis est partagé par Moussa Mbaye, président du conseil d'administration de la coalition des organisations en synergie pour la défense de l'éducation publique (Cosydep) qui fustige des lobbies et d'autres organisations occultes qui poussent les pays francophones à commercialiser leur éducation en arguant qu'’’elle coûte chère et qu'ils ne peuvent pas la supporter’’.

    M. Mbaye préconise ainsi  une ‘’régulation dynamique’’ basée sur le principe du droit pour stopper la marchandisation de l'éducation

    ‘’Des écoles privées peuvent exister, mais elles ne doivent pas se substituer aux écoles publiques", indique-t-il.

    La rencontre qui s'achève ce 26 octobre réunit 96 délégués venant de 35 pays francophones et s’articulera autour d’exposés théoriques et issus du travail de terrain.

    La rencontre de Dakar sur la marchandisation de l'éducation fait suite à l'Appel de novembre 2016 de la société civile francophone contre ce phénomène.

    L'Oif a reconnu les problèmes inhérents à la marchandisation de l'éducation et les 57 chefs d'Etats membres se sont engagés dans la Déclaration d'Antananarivo adoptée cette année, à agir pour renforcer l'éducation publique et réguler ce secteur privé de l'éducation.

    TE/of/APA

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